le clown

Le Clown de Cirque et le Clown de Théâtre.


Le Clown de Cirque :

Les Clowns sont l’illustration d’une humanité inscrite dans une perception du monde et des autres, uniquement centré sur le ici et maintenant. N’ayant pas la conscience du passé et du futur, ne vivant que dans un temps présent, ils illustrent l’importance de vivre, d’assumer et d’exprimer ses joies, ses peurs, ses désirs sans entrave ni censure. En cela ils sont proches de l’enfant, dans le sens où ils vivent et assument pleinement de manifester leurs émotions sans fausse pudeur, tout en n’exprimant pas de désirs liés à la sexualité; afin de permettre à cette animalité ou, pulsion de vie de s’exprimer, sans qu’elle soit irreprésentable théâtralement.

 

L’Auguste représentant cette animalité liée à la terre et au corps.

Le Clown Blanc, la condition humaine ou, la réflexion liée au ciel et à l’esprit; entraînant chez ce personnage une distance face à la vie et aux autres. Un état de mélancolie constant, signant sa sortie de l’état premier de l’Auguste, en lien avec l’enchantement du monde. Pour une réalité plus contemporaine de mortification dans des sentiments romantiques et, dans une soumission à la loi, née de ce dévoilement du réel qu’apporte la conscience de la mort.

 

Au niveau dramaturgique, les Clowns de Cirque se présentent comme une trinité où le maître le Clown Blanc est en constant affrontement avec l’animalité des deux autres clowns. L’auguste, le plus instinctif et joueur, ne cherche qu’a faire voler en éclats les limites que le Clown Blanc lui impose.

Le comparse de l’Auguste, soumis à la domination que lui inflige le Clown blanc. Obéissant et docile, est sans cesse effrayé par l’attitude de l’Auguste il cherche, tout le temps, à réparer, maquiller ou transformer les actions de l’Auguste, afin de satisfaire les attentes du Clown Blanc. Le plus souvent, il se trouve en faute en cherchant à réparer les catastrophes générées par l’Auguste et affronte seul la colère de son maître.

 

Le nez du clown est le plus petit masque qui soit, il est le reste de la corne d’Arlequin, symbole dans la Commedia Dell’arte de l’animalité, corne diabolique qu’il a sciée par coquetterie, afin qu’elle ne soit pas trop visible. Ce vestige de corne, descend de la représentation grecque du Dieu Pan, dont les pieds, en forme de sabot et les cornes sont l’illustration de son statut de divinité bucolique de la fertilité, représentant les forces de la nature en lien avec Eros. Pan étant souvent représenté comme faisant partie du cortège de Dionysos dont il dirigeait les danses.

 

Ainsi, par l'intermédiaire d’un spectacle profane: le Cirque, la Commedia Dell’arte, on retrouve de manière symbolique et en filigrane, un fondement sacré lié au divin et ses différents modes de représentation. Comme toujours une nouvelle idée ou, concept; une nouvelle forme artistique ne naît jamais sur rien et, est toujours issue de formes du passé retravaillées et transformées. En cela, il semblerait que l’espèce humaine ne soit pas foncièrement différente d’un siècle à l’autre, chaque génération ayant l’impression d’inventer de nouvelles formes, alors qu’elle ne fait que retravailler et recycler une matière déjà existante.

 

Le Clown de Théâtre:

Le Clown de Théâtre contrairement à l’Auguste et au clown blanc est un personnage inscrit dans aucune filiation. Il n’est pas là pour amener une respiration humoristique entre deux numéros de dressage ou d’acrobatie. Il n’est prisonnier d’aucune forme, si ce n’est l’obligation du port du nez rouge.

Il n’a aucune dramaturgie ou raison sociale à défendre. Il est bien plus que ça. Il est l’expression des possibles enfouis et, doit naître du fond de l’intériorité de l’acteur qui l’incarne. Sans repères, sans bornes et sans censure.

Le travail du Clown de Théâtre est difficile, bien plus à mes yeux que le travail du masque; car l’acteur se trouve dépouillé , nu face aux spectateurs. Il n’a pas cette impression de protection et de sécurité qu’induit le port d’un masque classique, il est seul, prisonnier d’un corps et d’une présence amplifiée par le port de son nez rouge et, doit ensorceler par sa seule présence l’espace de la scène.

Il doit captiver l’imaginaire du spectateur et, le conduire à l’acceptation de son propre rapport poétique au monde. Il doit, par sa seule présence, faire accepter les codes de jeux et l’univers qu’il déploie et, ne peut à ce titre exprimer un doute, un manque d’attention ou, un sentiment touchant à l’intériorité qui affaiblirait sa présence, si cet état ne sert pas exactement tout ce que son corps exprime.

 

Là encore, le théâtre a beaucoup à nous apprendre, notamment dans le travail lié au Clown de Théâtre, qui est pour le comédien l’exposition face aux autres des ses propres faiblesses et perversions qui composent son ombre; mais c’est aussi l’exposition de ses faiblesses qui déclenchera le rire. Ainsi de cette boue, il tire le lotus qu’il fera fleurir; en exposant ainsi aux autres sa part d’ombre qui, puisqu’il l’extériorise, le rend conscient des enfermements qu’elle recèle. Un acte créateur qui est toujours, pour celui qui l’exprime, un acte soignant.

 

   Texte: Den facteur de masques de théâtre.    denmasques@cegetel.net

 

 


 

 

 

 

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