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    Le Doctor :

 

Personnage originaire de Bologne qui abritait au XVème siècle une université puissante et réputée dans toute l'Europe.

Il s'agissait peut-être au départ d'un jeu d'étudiants caricaturant leurs enseignants qui peu à peu s'est transformé avec les années en archétype de théâtre.

 

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Le Doctor est la représentation de l'universitaire pédant et narcissique, masquant derrière un langage faussement savant : son ignorance. On retrouve dans ce personnage l'emploi de mots ou d'expressions latines sans queue ni tête qui parsèment son discours, comme Polichinelle utilise le caquètement des poules tel un langage à part entière. L'un comme l'autre développe ainsi un effet expressif et comique extrêmement efficace et puissant.                                                                                                                                          

Sociologie du personnage : Maître dominant, professeur, juriste, médecin, énarque, publicitaire, spécialiste médiatique auto proclamé et politique.

 

Masque de couleur noir, se réduisant à un nez et un front. Notable fier de sa position sociale, il ne s’agit pas d’un excentrique. Ce nez aux narines dilatées souligne le plaisir qu’il ressent à inspirer l’air qui vient oxygéner son cerveau.

Alchimiste transformant l’air en flot de paroles, en flot de connaissances il est persuadé de posséder la science infuse, et de transpirer l’intelligence et le raffinement.

 

En réalité, exclusivement cérébral, il en est venu à complètement mépriser son corps et les autres. Il vit dans sa bulle, satisfait de lui. Il aime par dessus tout se répandre en conseils, étaler ses connaissances. Manipulateur, il aime diriger son monde; mais déconnecté des réalités concrètes par sa trop grande cérébralité et sa position sociale, il n’est souvent qu’un dindon souffrant d’aérophagie, dirigé à son insu par les autres personnages.

Photo: Masque de Doctor créé pour la Compagnie Doulce Mémoire.

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Ce masque est exigeant pour celui qui le porte, l’effet comique ne peut exister que si le code des trois temps est rigoureusement respecté. Soit, un temps pour le déplacement, un instant d’immobilité et de silence permettant de le voir jouir de sa réflexion et, un temps pour la parole. Ce code de jeu est aussi présent pour les autres masques mais pour le Doctor, il devient vite une évidence de jeu qui ne tolère que peu d’exceptions.

 zani-arlequin-et-doctor-masques-de-den-2.jpgPhoto: Masques de Zani Arlequin et de Doctor.

Symbolique:

 

Dans le cadre de la Commédia dell'arte, Le Doctor symbolise la force et le pouvoir de la parole; mais de manière beaucoup plus profonde, Il représente l’égo ou le gonflement du moi, lorsque l’on se trouve en position de pouvoir. Ce sentiment de flottement intérieur que l’on ressent lorsque l’on devient le centre d’attention du groupe.

 

Sans cette prise de conscience, de cette surpuissance qui nous habite lorsque nous sommes amenés à incarner l’archétype du pouvoir, on devient vite monstrueux avec l’autre car on se laisse facilement porter par ce sentiment de contentement et, on abuse d’autant plus de ce pouvoir que l’autre, le dominé, se laisse facilement instrumentaliser par le pouvoir. Ainsi, de jour en jour, d’heure en heure; on pousse un peu plus loin le bouchon puisqu’en face, l’autre, ne réagit pas, ou peu à nos exigences.

Le plaisir, pour celui qui exerce le pouvoir est puissant et subtil, ce qui fait souvent que l’individu ne prend pas conscience de ce changement d’état et, exerce sur les autres son pouvoir, de plus en plus, sans respect et limites. Le seul moyen de sortir de cet état est de se rendre compte de cette transformation intérieure; afin de cesser de flotter intérieurement, de faire taire ce sentiment jouissif de surpuissance, afin de redevenir juste et attentif à l’autre, exhumant ainsi, tout simplement : son humanité.

Photos: Albrecht Duerer, saint Michel terrassant le dragon.

Le mythe du héros:

 Cette réalité d’un danger chez l’être humain d’être englouti par ce sentiment de surpuissance, lorsqu’il est amené à incarner le pouvoir, est exprimée dans toutes les cultures par les mythes liés aux héros.

Le héros c’est-à-dire celui que le groupe a désigné, par ce titre, comme apte à exercer le pouvoir. Dans tous les mythes, on le retrouve face à un dragon ou, un monstre qu’il doit détruire ou, vaincre; pour gagner réellement le statut de héros. Ainsi est exprimé le fait qu’il lui faut combattre ses démons intérieurs, liés au pouvoir, ceci afin d’être un gardien juste et bon. Tant qu’il n’aura pas tué ce monstre, il sera et restera lui même un monstre pour les autres, car il sera possédé par ce sentiment de surpuissance lié à l’exercice du pouvoir.

 

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Photo: Gilgamech

Dans l’épopée de Gilgamesh ( premier texte de l’humanité, 1800 ans avant JC) le héros est un roi qui est devenu monstrueux, par le fait même qu’il n’a jamais rencontré un homme ou, un animal capable de lui résister. Non seulement, il incarne le pouvoir mais, il jouit d’une santé et d’une force considérables qui font, que sans limite, il devient au fur et à mesure de plus en plus tyrannique avec ses sujets. Despotique à tel point, que les Dieux prenant pitié des hommes, décident de lui envoyer Inkidou ( l’homme sauvage), afin qu’il puisse le défier et le vaincre; pour qu’enfin Gilgamesh expérimente, par la défaite, ses propres limites et redevienne, par cette expérience, humain avec ses sujets.

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Dans l’épopée Inkidou et Gilgamesh sont de force égale, ils deviennent après ce combat des compagnons inséparables, enfin Gilgamesh a rencontré son égal mais n’a toujours pas connu la défaite. S’en suivent une série de forfaits que tous les deux commettent, toujours dans le but d’expérimenter leurs propres limites. Limites qu’ils trouveront face aux Dieux qui par l’intermédiaire du taureau du ciel tueront Inkidou.

Face à la mort de son compagnon, son seul ami, Gilgamesh se heurte à un obstacle qu’il ne pourra nier ou combattre : Sa propre mortalité. Il partira alors à la recherche de l’immortalité, qu’il obtiendra, mais que le serpent viendra lui voler lors de son retour vers son royaume. Ayant par la mort de son ami puis par la recherche de l’immortalité, pris conscience de sa propre fragilité et de ses propres limites, il sera transformé par ces expériences et sera désormais un monarque juste et bon avec ses sujets.

Texte: Den facteur de masques de théâtre. denmasques@cegetel.net

     

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